Shafic Abboud

Portrait en noir et blanc de l'artiste dans son atelier

Shafic Abboud (1926–2004) 

La peinture de Shafic Abboud se tient dans un espace rare : celui d’une abstraction qui ne rompt jamais avec le monde sensible, mais qui en retient l’essentiel — la lumière, le rythme, la trace. 

Chez Abboud, la surface n’est ni un champ gestuel ni un espace construit. Elle fonctionne comme un lieu d’apparition. Les formes, fragmentées, parfois proches de signes, ne se stabilisent pas : elles flottent, se répondent, se superposent. La couleur ne recouvre pas, elle émerge, par couches successives, dans un rapport constant entre retenue et intensité. 

Ce qui distingue profondément son œuvre est son rapport au temps. La peinture d’Abboud ne se donne pas immédiatement. Elle demande un regard lent, presque attentif à ce qui se dérobe. Chaque toile se lit comme une stratification, où les gestes passés restent perceptibles, sans jamais s’imposer. Cette temporalité silencieuse confère à son travail une présence singulière, éloignée de toute rhétorique expressive. 

Si Abboud a partagé l’espace parisien de l’abstraction d’après-guerre, sa peinture ne relève ni de l’école ni du manifeste. Elle procède d’un cheminement personnel, où l’héritage culturel, la mémoire et l’écriture ne sont pas des références visibles, mais des forces internes. Rien n’est illustratif, rien n’est narratif : tout se joue dans l’équilibre subtil entre apparition et effacement. 

Aujourd’hui, l’œuvre de Shafic Abboud se distingue par sa capacité à dialoguer avec des sensibilités contemporaines : attention à la surface, à la matérialité de la couleur, à l’économie du geste. Elle propose une peinture exigeante, profondément habitée, qui résiste aux lectures rapides et s’inscrit dans une durée.